La passion du gaming : Fréderic Dewever, cyber-athlète vétéran

> News - 6 mars 2017

Comme certains athlètes de 25 ans, Fréderic Dewever peut aussi être considéré comme un vétéran. Cela fait, effectivement, plus de dix ans qu’il pratique le gaming de compétition en faisant partie du top absolu du Benelux. Une passion, mais aussi beaucoup de travail. Frédéric aimerait en faire un vrai métier.

Nous le rencontrons un samedi. En effet, Frédéric travaille en semaine comme consultant ERP et le soir, il s’entraîne. Ah oui, le dimanche aussi, hein ! Soit de nombreuses heures consacrées chaque semaine au gaming ; il n’est pas rare, d’ailleurs, qu’il dépasse les trente heures. Que sa forme physique en souffre un peu ne devrait donc surprendre personne. Qu’il ait aussi une petite amie est sans doute plus impressionnant que ses prestations qui l’ont conduit à devenir l’un des meilleurs joueurs ‘Counter-Strike: Global Offensive’ du Benelux. Lisez l’encadré pour savoir en quoi consiste cette compétition. En tout cas, oubliez définitivement ce cliché des gamers acharnés de 16 ans qui sèchent leurs cours pour s’enfermer chez eux devant leur console de jeux. 

La compétition dans le sang

Comme c’est souvent le cas pour les garçons et les filles de la génération de Frédéric, la première rencontre avec les jeux vidéo fut la console de poche Game Boy de Nintendo, omniprésente à l’époque. Le coup de foudre a vraiment démarré à 11 ans, quand son frère lui a permis de jouer de temps en temps à Counter-Strike. Une partie, puis une autre, puis plein d’autres, grâce au premier PC qu’il a reçu pour ses 13 ans. « Mes parents sont restés vigilants », raconte Frédéric. « Ils m’ont permis de jouer régulièrement tant que je ramenais de bons points de l’école. Quand mes points étaient plus mauvais, mon clavier disparaissait l’espace de quelques jours… »

Frédéric avait déjà l’esprit de compétition dans le sang. « J’ai commencé à participer à de vraies compétitions quand j’ai senti que j’avais une chance de gagner. » Premier tournoi, et déjà une deuxième place et un premier prix. « Au début, c’était toujours la même équipe qui gagnait, nous étions donc toujours deuxièmes. Quand une place s’est libérée dans l'autre équipe, on m’a invité à la rejoindre. J’ai franchi le pas. Ce fut vraiment dur par la suite. » En 2016, Frédéric a encore remporté les deux championnats du Benelux les plus relevés avec son équipe précédente, les LowLandLions. Aujourd'hui, il vise au moins aussi bien avec sa nouvelle équipe sur le pied de guerre. 

La durée de vie d'un joueur
Tout le monde pense qu’à partir de 20 ans, un joueur de jeux vidéo perd progressivement ses réflexes, et qu’il doit alors, tel un sportif usé, laisser sa place aux plus jeunes. Frédéric n’est pas d’accord : « Je comprends pourquoi les gens pensent cela. Vingt ans, c’est un âge critique, lors duquel il devient de plus en plus difficile pour les joueurs de se fixer de nouvelles priorités, y compris de nouveaux entraînements pour rester au sommet. C'est complètement différent quand vous êtes payé pour le faire, mais seule une poignée de gamers y réussit. Et chez nous encore moins qu’aux États-Unis ou que dans certains pays asiatiques. Parmi les joueurs professionnels, vous verrez surtout beaucoup de joueurs dits ‘âgés’. Beaucoup de joueurs qui ne parviennent pas à passer pro disparaissent du top niveau. » Frédéric n'a pas renoncé à ce rêve, mais reste réaliste. Il s’estime heureux d’avoir pu combiner des études supérieures puis universitaires avec une place permanente dans les meilleures équipes du Benelux. Sa passion pour le jeu et la compétition est encore plus grande, mais il sait qu’il « ne voudra ni ne pourra combiner deux jobs éternellement. » 

Cimetière de souris

La passion de Frédéric est inséparable de la technologie et il a déjà constaté pas mal de changement avec les années. Meilleur matériel signifie-t-il forcément meilleur joueur ? « Non, mais à un niveau de compétition élevé, où la différence se fait sur les plus petits détails, vous voulez posséder exactement les mêmes avantages techniques que vos concurrents. » Il se souvient encore de l’époque où il a commencé ses premières parties sur un moniteur CRT. À présent, il joue sur un écran plat de 144 Hz, bénéficiant d’un taux de rafraîchissement suffisamment élevé et d’un taux de réponse extrêmement bas. Sa première souris ? Une souris Microsoft, « qui contenait une petite boule. Ensuite, j’ai longtemps joué avec une Logitech MX518 qui utilisait un capteur optique à la place d’une boule. Aujourd'hui, j'utilise la G403, aussi de Logitech. » Pour l’instant, le matériel de Frédéric n’est pas sponsorisé. « Ce n’est pas toujours évident quand un sponsor vous force à jouer avec un de ses accessoires, mais il y a toujours un modèle que l’on adopte après une courte période de rodage. » Est-il aussi superstitieux que certains athlètes envers leur matériel ? « Pas vraiment, mais je reconnais que quand je joue mal, j’ai bien envie d’’étrangler’ ma souris », dit Frédéric en riant. « Je sais que c’est idiot, mais c’est à ce moment que j’en prends une autre. L’ancienne rejoint alors une boîte que ma copine nomme ‘le cimetière des souris’. » 

Chacun son matériel

Concernant les claviers, Frédéric recherche aussi les meilleurs en matière de performances et de sensations. Il a commencé par un Logitech, puis a joué quelques années sur les claviers SteelSeries, pour revenir finalement à un Logitech G610. Et pour les casques ? Fréderic joue chez lui avec un casque Sennheiser (il joua longtemps avec un HyperX), mais dans les tournois, il préfère un casque Bose avec annulation de bruit. Le microphone lié au casque capte trop de bruit ambiant. C’est pourquoi il utilise un micro séparé – crucial pour ce sport d'équipe. Ne faudrait-il pas ajouter une serviette à tout ce matériel, pour que les joueurs puissent se sécher les mains entre deux parties ? « Non, je subis aussi un stress positif durant la compétition. J’ai remarqué que je joue mieux dans ces cas-là, mais en fait j’ai souvent les mains froides, dû à une mauvaise circulation sanguine sans doute. Voilà pourquoi je complète mon attirail par un chauffe-mains. » 

Concentration extrême

Comment peut-on parvenir à jouer dans des salles pleines, alors que la plupart des entraînements et des tours préliminaires se déroulent à la maison ? « Vous devez veiller à ce que votre attention ne soit pas perturbée par ce qui se passe autour de vous. C’est notamment un des points qui joue en faveur des gamers plus anciens. Nous sommes plus forts mentalement, et c’est la raison pour laquelle nous parvenons à battre des joueurs plus jeunes, qui se sont pourtant beaucoup plus entraînés que nous. On voit souvent des joueurs avec peu d’expérience en salle réussir une belle action et ressentir ensuite la pression en voulant rééditer leur exploit. Cela va influencer leur jeu dans la mauvaise direction. C’est quelque chose que nous vivons beaucoup moins. » Force est de constater que, même pour des cyber-athlètes comme Fréderic Dewever, il faut une force physique et mentale, complétée par des entraînements exigeants, pour réussir de grandes performances. Des joueurs passionnés et talentueux comme lui pensent qu’il est grand temps pour nos entreprises et notre gouvernement de s’intéresser au potentiel de l'eSport. De nombreux pays voisins se sont déjà laissé convaincre par des championnats du monde dans lesquels des cagnottes d'un million de dollars ne sont pas une exception. Par ailleurs, les matchs sont suivis par des millions de spectateurs en ligne.

(Photo : Jeroen Weimar Photography)

Counter-Strike: Global Offensive

Un match de championnat ‘Counter-Strike Global Offensive’ oppose deux équipes de cinq joueurs. Une équipe joue le rôle de terroriste dans le monde du jeu. Son objectif : placer une bombe à deux endroits possibles. L’autre équipe doit les en empêcher. Celui qui est tué quitte le jeu. Un spectateur distrait pense regarder deux équipes jouant au soldat. Mais des millions de fans voient surtout une intense combinaison de tactique, de jeu d’équipe acharné et de réflexes ultra-rapides. Le plus important championnat annuel a un budget d’un million de dollars, dont la moitié va à l »équipe gagnante.

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