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Film du mois : Green Book

12 juin 2019

Un videur bourru et peu ouvert d’esprit devient chauffeur d’un pianiste afro-américain pour sa tournée dans le sud des États-Unis… en 1962. Un chef-d’œuvre prenant et époustouflant, qui a reçu à juste titre l’Oscar du Meilleur Film.

Le videur et le pianiste

1962, Tony ‘Tony Lip’ Vallelonga est un videur rustre et expérimenté dans une boîte de nuit bien connue de New York. Lorsque cette boîte ferme pour cause de rénovation, celui-ci doit trouver un travail de remplacement temporaire. La meilleure offre est celle de chauffeur du célèbre pianiste afro-américain Don Shirley pour sa tournée dans le sud des États-Unis. Bien qu’il ne soit pas franchement emballé à l’idée de travailler pour un homme de couleur, Tony accepte la mission.

The Negro Motorist Green Book

C’est muni de The Negro Motorist Green Book, un guide de voyage censé les garder en sécurité dans le sud en proie au racisme, qu’ils démarrent leur voyage. Tony n’est peut-être pas aussi instruit que le hautain Don ‘Doc’ Shirley, mais il a de l’instinct, l’intelligence de la rue et sait que son passager se considère supérieur. Doc, de son côté, sait que Tony peut être utile comme garde du corps et chauffeur, mais cela ne le rend pas moins irritant. En effet, il mange, il fume et surtout, il parle tout le temps. Ce n’est pas vraiment le duo idéal et ce contexte de racisme, d’humiliation et de ségrégation ne facilite pas les choses.

Palmarès XXL

Cependant, c’est cet environnement, empreint d’une injustice poignante, qui va changer le regard des deux hommes sur l’autre. Ils se découvrent un respect mutuel pour les talents de chacun et leur façon d’y faire appel pour surmonter chaque défi. Petit à petit, une entente naît et se transforme ensuite en amitié qui va changer la vie de Tony et de Doc.D’accord, ce sont des thèmes qui ont déjà été abordés. Et plus d’une fois. Mais contrairement à la plupart de ces films, ‘Green Book : Sur la route du sud’ a remporté de nombreuses récompenses à savoir des Oscars, des Golden Globes et bien d’autres. Le scénario a été écrit par le fils de Tony sur base de lettres et de récits de son père. Et le jeu d’acteur de Viggo Mortensen et Tony et de Mahershala Ali dans le rôle de Don Shirley est magique.

Le vrai Tony

Le vrai Tony Lip a grandi dans le Bronx et a travaillé durant douze ans comme videur au Copacabana. Il a très vite quitté l’école, mais son charisme naturel et son franc-parler lui ont permis de devenir ami avec la mafia locale et des stars telles que Franck Sinatra et Tony Benett. C’est également dans ce club qu’il a appris à apprécier la bonne musique et qu’il a dû reconnaître, avec une certaine réticence, le talent de Don Shirley.

Le vrai Don

Don Shirley a étudié au conservatoire de Leningrad dès ses neuf ans et a fait ses débuts à l’Orchestre Symphonique de Boston à dix-huit ans. Son premier album est sorti en 1955 et la critique l’a considéré comme “le pianiste le plus doué de la planète”. Le célèbre compositeur et pianiste Igor Stravinsky, contemporain de Shirley, affirmait que sa virtuosité était “digne des dieux”.

Un demi-siècle d’amitié

Digne des dieux ou pas, en 1962, les lois Jim Crow, tristement célèbres, dictent aux citoyens noirs où ils peuvent manger, dormir, s’asseoir, faire leurs courses et se promener. Il y a également la création de toilettes séparées et dans certains états, ils ne sont plus autorisés à être en rue après le coucher du soleil. Et se voir pour la violation d’une de ces lois était souvent le traitement le moins grave. Selon le fils de Tony, c’est cette réalité inconnue de son père qui lui a ouvert les yeux et l’a poussé à élever ses enfants dans le respect de l’autre.

En 2013, après une amitié de plus de cinquante ans, Tony Vallelonga et Don Shirley sont décédés. Tony seulement trois mois avant Doc. Vallelonga Jr., qui réfléchissait depuis longtemps à l’idée de raconter cette rencontre, a considéré que le temps était alors venu. L’idée, aussi pertinente soit-elle, n’était cependant pas très originale. Cela demandait un réalisateur et des acteurs qui feraient la différence.

Débutant avec 25 ans d’expérience

Ce réalisateur fut Peter Farrelly. ‘Green Book : Sur les routes du sud’ est son premier drame, après avoir cartonné pendant vingt ans avec des comédies dont notamment ‘Mary à tout prix’, ‘Fous d’Irène’, ‘L’Amour extra-large’ et ‘Dumb et Dumber’. On retrouve cette expérience dans le rythme parfait du film. Farrelly sait ce qui fonctionne et a le talent pour éliminer toute seconde inutile. Bien qu’il ait montré des personnages très caricaturaux dans ses films, Farrelly sait comment dépeindre de vrais personnages. Et cela, dans un cadre qui convainc par son détail et sa nuance. L’humour est également présent dans ‘Green Book’. Ce n’est pas celui de ses comédies, mais plutôt un type d’humour plus sobre, mais non moins contagieux.

Duo doré

En tant que spectateur, vous prenez souvent ce genre de scénario ou la mise en scène pour acquis et on remarque surtout le jeu des acteurs. Ici, avec Mahershala Ali et Viggo Mortensen dans les rôles de Don et Tony, il serait presque criminel de sous-estimer leur rôle dans l’attrait et le succès de ‘Green Book’. Ali avait déjà remporté l’Oscar du Meilleur Second Rôle en 2016 pour ‘Moonlight’. S’il y a une remarque à faire sur le deuxième qu’il a reçu pour ‘Green Book : Sur les routes du sud’, c’est sur le fait que ce n’était pas pour un rôle principal partagé.

Notre seul autre critique est que Viggo Mortensen n’ait pas réussi à obtenir sa troisième nomination aux Oscars. Mais après celui du Meilleur Film, du meilleur Scénario et du Meilleur Second Rôle masculin, il ne faut pas faire les
difficiles.